La Maîtrise … mais encore ?

Avant d’y arriver, dans la théorie de la progression maçonnique, nous passons par 3 grades et … 2 instructeurs.

Cela est très interpellant : 3 grades et 2 instructeurs.

Qu’instruisent donc ces deux ?

La réponse évidemment est : le second pour les AA et le premier pour les CC.

Donc les AA et les CC ont un parcours d’instruction. Mais pas les MM. Cela signifie que les AA sont instruits pour passer C et les CC pour passer M.

Bien.

Mais alors dans ce raisonnement, qui instruit pour passer A ? Question saugrenue, mais qui doit avoir sens.

Car si on a 3 grades et que deux instructions, nous avons un déséquilibre. Et il ne peut être que sur l’A … ou le M.

Le M devrait-il suivre une instruction ? Mais alors, les instructions seraient postérieures au passage de grade !

Mais … l’A ne travaille-t-il pas à cela ? De même que le C ? Ils ne travaillent pas à passer le grade suivant, mais à travailler leur grade.

Vous commencez à voir le problème ?

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L’histoire nous a de plus ajouté ce grade de maître, alors qu’apprenti et compagnon étaient les seuls grades en vigueur dans la lignée opérative directe.

L’idée était bien sûr de concrétiser un accès, accès nécessaire à la suite des parcours.

Le tout des 3 sacralisé par le : 3 grades et pas d’autres. La maçonnerie anglaise est plus que claire là dessus, et nous aussi en théorie.

La légende, ou mythe, d’Hiram y a été déposé pour faire lien entre ces grades et les suivants. Mythe travaillé et retravaillé, exploré et continué par la suite.

Le tableau du parcours de la progression initiatique se pose alors de façon assez claire, mais … tout aussi confuse pour l’observateur externe.

Bien sûr, le fameux interne va vivre et avancer au milieu des FF et des SS dans l’accompagnement bienveillant et fraternel.

Le profane va devenir A, puis C et enfin M à son tour.

Il va vivre ces étapes et progressions internes … dans ce contexte externe.

Il y a de quoi ne pas tout comprendre quand même !

… avons-nous alors tout compris de la Maîtrise ? De son accès ?

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Le Maître dans notre culture sociale est celui qui enseigne, il est aussi celui qui est assez sage pour avoir eu accès à quelque chose qui demande du travail.

Un peu l’idée républicaine du maître d’école, noble personne au service de l’enseignement.

Et un peu l’idée asiatique du maître d’art martial ou de sagesse, noble personne reconnue par sa connaissance du monde et de la vie.

Alors Maître en maçonnerie, quid est ?

Le Maître en maçonnerie est celui qui a pris le symbolisme comme porte d’entrée pour voir le monde. Il a travaillé ce symbolisme afin d’ouvrir son esprit à voir plus du monde, à faire ses liens fluides.

Il a passé la porte basse au milieu des colonnes afin de passer de l’obscurité à un début de Lumière. La Lumière étant forte au début, il a travaillé en silence et en observation.

Petit à petit, il a dégrossi son Être, il a commencé à voir des choses en lui et à l’extérieur. Tout n’est pas compris évidemment, mais le monde et soi n’est plus aussi simpliste qu’avant. Il commence à percevoir des choses plus subtiles.

Aidé de ses FF et SS, il apprend par le rituel le respect et le sens du Sacré, ainsi que son lien avec le son monde dit profane.

Une douce alchimie s’opère.

Puis, il passe compagnon. Jugé ou jaugé prêt par ses MM qui l’entoure. Il a assez travaillé cette partie pour passer à la suivante.

Là, il découvre évidemment le mouvement et la parole. Subitement accordée, il prend essor de non responsabilité, mais de pouvoir faire comme un maître : se mouvoir et parler. Il n’a pas encore responsabilité de charge ou de chantier.

Évidemment trop jeune.

Donc le travail est de mise pour finir sa formation dirait-on. Il a une mission, celle de découvrir le monde pour se découvrir lui-même.

Presque un pèlerinage en soi au prétexte du pèlerinage de marche. Il est guidé un peu pour cela par ici une étoile ou ici d’autres FF et SS rencontrés au détour d’autres chantiers.

Le travail de progression continu, la vie se découvre par l’action de tout son corps.

De l’intérieur de l’A à l’extérieur du C, un chemin s’opère, l’alchimie passe par différentes phases.

Mais … que se passe-t-il après et surtout avant ?

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Le cabinet de réflexion a été visité un temps rapide avant d’entrer dans le temple. Ce Vitriol et ce noir du cabinet, a été survolé, puis un testament fait.

Intriguant pour le profane. Intégré à demi-mots par l’A et le C.

Mais le M, lui meurt à nouveau, quel lien fait-il avec ce testament ?

Et le C, qui par le mouvement accède à une construction différente de lui-même, comment le Vitriol l’a-t-il compris ?

Comment alors le M arrivant à son élévation peut comprendre dans son entier la mort d’Hiram ?

Quel sens cela a-t-il pour lui ?

Il a appris à faire des liens, à faire mouvement, mais a-t-il compris à quoi cela lui servait ? Toute cette préparation, doit avoir un sens.

Et ce sens il en prend mort d’Hiram, puis accès au grade de maître.

Il y a de quoi perdre la tête en effet …

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Le Maître maçon est celui qui a pu grâce à la symbolique accéder à voir plus, grâce aux outils et aux mouvements à travailler la matière première qui est : lui.

Mais dans quel but ?

Celui du Vitriol en théorie. Celui de descendre en lui, d’affronter son Être en entier, équipé de ses outils et des ses apprentissages.

Descendre pour en sortir. C’est là, une fois le terrain de son Être connu, nettoyé et pacifié, que la construction peut commencer sur des bases saines et connues.

Nulle perfection n’est demandée, mais un réel travail en conscience. Celui que permet le symbolisme par son accès a elle.

Alors, il peut prendre ce temps nécessaire à une élaboration interne de sa propre maîtrise. De son accès entier à lui-même.

Ce long travail, n’a en fait aucun but. C’est le premier des secrets dévoilés. Aucun titre de Maître n’est le but, car si le travail est fait, la compréhension de ce faux-ami est compris. Le mauvais compagnon aurait alors un sens … qui sait.

Accéder à son Être entier permet de voir enfin le monde et l’autre sans aucune once de perturbation de soi. Nous voyons et observons ce qui est, plus ce que nous croyons ou pensons ou ressentons, mais ce qui est.

Nous commençons à tout voir. Le travail d’après sera de tout prendre en compte. De même que la Lumière est trop forte pour le jeune A, la Connaissance est trop luisante pour le jeune M.

La Lumière en sera la quête.

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Alors, entre contexte systémique, corpus théorique et vécu concret, le chemin jusqu’à la Maîtrise est un parcours semé d’embûches et de risques de mauvaises compréhensions, voire de non compréhension.

Car au final, c’est cet humain là, au milieu de ces colonnes qui va devoir vivre tout cela.

Seul évidemment, car c’est à lui de travailler et faire le chemin.

Mais … peut-être qu’un minimum d’accompagnement serait plus que nécessaire. Cet accompagnement qui éclaire le sens du parcours, qui laisse le cheminant tomber et faire écueil, mais qui l’aide à se redresser en lui montrant son erreur. Erreur riche d’enseignement alors.

Pour cela, il est nécessaire que les MM entourant aient compris eux avant ce parcours en entier, et en aient fait essence en eux.

Sommes-nous assez inconscients pour croire que cela se passe ainsi dans la réalité d’un atelier ?

Si oui, alors le voile n’a jamais été levé.

Si non, alors il est temps de se réveiller.

Car la maçonnerie ne dépend pas d’un accord de vision sur une réalité, mais d’une réalité.

Alors, si révision il y avait, travail en profondeur à faire ensemble, cela serait cette Maîtrise et son parcours entier à retravailler.

Nous ne sommes plus des bourgeois ou nobles du 18m ou 19me, engoncés dans un milieu masculin et non paysan ni populaire.

Nous sommes au 21me siècle, dans une maçonnerie intégrée en la société, qui est des plus éduquée et mixte et mélangée que jamais dans l’histoire. Oui éduquée, ne vous arrêtez pas aux caricatures, voyez l’histoire humaine.

Continuer à travailler en maçonnerie sur les 3 premiers grades, comme si rien n’avait changé dans la forme, c’est nier le fond de l’enseignement maçonnique.

C’est le refuser, c’est ne pas vouloir lui en être digne.

La maçonnerie n’est pas folklore, ni dogme, ni incompréhension de son parcours en glorifiant notre imperfection humaine.

La maçonnerie est bien plus Haute que cela, elle est Grande.

Oser la retravailler dans sa forme est un devoir de sa compréhension d’elle-même.

Alors, soyons religieux et ne touchons à rien. Nous ne ferons rien, et le monde n’aura que des marronniers maçonniques à se mettre sous la dent.

Le choix est et reste personnel.

Mais si une once d’enseignement a été prise et travaillée, un minimum de regard du Tout se doit.

Et là, c’est le Vitriol qui résonne dans son travail réalisé ou pas.

Le futur de la maçonnerie est possible. Pour l’instant, elle vit sur elle-même et végète doucement à péricliter et … tout le monde s’en fout.

Pas moi.


  1. En ce qui me concerne, selon les Rites, du moins “égyptiens”, l’instruction des “maîtres” relève explicitement de l’Orateur …
    Par ailleurs il y a, une à deux fois l’an, des Tenues spécifiques pour les “maîtres” (Cercle intérieur magistral) qui se prépare individuellement (également par écrit pour les absents) sur un thème choisit par le “président” de cette instance (sous forme de Loge particulière ayant un rituel spécifique).
    La “maîtrise” n’est pas une “fin” c’est bien connu et c’est une réalité indéniable, aussi ces travaux peuvent être utiles à la préparation au degrés (dit) s”supérieurs” ; pour ma part je préfère l’expression “anglaise” de “grades à côté” s’agissant à chaque niveau d’un regard particulier, complémentaire ET supplémentaire sur nos trois premiers degrés (symboliques, bleu, …).

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