Dites 33

La prise de parole est un acte éminemment fort — le silence étant une prise de parole.

Cette prise de parole, dans toutes les assemblées nous nous signalons pour la demander. Pas la prendre ! Mais bien la demander.

À l’école et dans tout pays, nous apprenons à la demander à la maîtresse ou au maître d’école, puis à la suite dans nos études à la personne qui enseigne, et cela quelque soit le chemin de nos études.

Au travail, en réunion ou en groupe, nous la demandons à celui qui l’organise ou au groupe. Simple lever de main, geste de tête ou petit mot demandant à parler, nous tentons de conserver une écoute et un respect envers chacun.

En soirée, avec peu d’amis ou beaucoup, même si l’ambiance pousse à la détente et la simplicité d’être soi, l’écoute est le plus souvent hautement attentive et même en cas de coupure de parole, elle n’est jamais pour écarter, bien au contraire pour rebondir.

En cercle de parole, pour ceux qui ont dû en passer par là, le respect de soi doit être repris, donc celui de l’autre tout autant. La parole est demandée formellement au groupe en ce cas, agissant comme unité protectrice.

En maçonnerie ou dans d’autres groupes tendant vers le sacré, quel qu’il soit, la parole est demandée à celui qui l’accorde, par autorité ou par symbolique.

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Mais cette parole est aussi demandée dans nombres d’institutions.

Au sein de l’armée, le fameux « permission de parler » qui trouve son équivalent dans tout corps de toute nation, permet de librement dire, en sortant un instant du cadre établi.

Dans des assemblées qu’elles soient législatives ou d’ordre privé, la parole est demandée puis accordée, de façon générale ou à l’attention même d’une invective, l’écoute de tous est accordée.

Et même dans un bar, ce fameux paradoxe français, mais partagé de par le monde et le temps, l’écoute est présente, car même si avis forts existent, le lien du moment partagé garanti l’écoute.

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Bref, l’humain parle !

Et même si l’écoute ne parait pas toujours entière, l’égrégore est toujours présente. Sa puissance varie bien évidemment : de légère et subtile, à entière et forte, en passant par aléatoire et mouvante, mais elle est présente. Créée.

Mais évidemment une égrégore n’est que ce que nous en avons mis dedans. Une mayonnaise avec de mauvais ingrédients, même bien faite, reste très désagréable au goût !

Alors pourquoi même si la mayonnaise n’est pas à la hauteur de nos papilles, nous continuons alors à en manger ?

Si l’option masochiste facile est écartée —pour cause de syndrome maladif inhérent à l’humain qui nous amènerait à nous enfermer tous et ne plus rien espérer —, alors que reste-t-il comme raison valable ?

Peut-être la simple raison que l’humain aime parler, qu’il aime parler aux autres, qu’il aime écouter les autres ?

Alors bien sûr, certains et certaines abusent de ces paroles en cherchant perversion, mais est-ce le cas de tous les humains ?

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Puis vient le moment où la parole devient immatérielle.

Celle de notre époque, loin de là pire qu’avant, bien mieux qu’avant même ! Mais avec ses nouveautés qu’il est nécessaire d’intégrer !

La parole émise sans groupe est du fait de la communication officielle. Dans un pays, une institution ou un groupe. L’écrit est envoyé, distribué ou affiché. La voix est dite au devant d’autres, retransmise ou relayée.

Cette parole n’est qu’une façon d’informer le plus grand nombre de sujets les concernant. Ce n’est plus entièrement une parole, mais un discours.

Le discours est cet acte humain qui veut informer ou partager, mais sans retour. Il est intrinsèquement de nature informative. Évidemment encore détourné parfois pour de mauvaises raisons, mais son essence n’est pas autre.

Alors nous observons en ces temps quelque chose d’assez intriguant.

La prise de parole devient immatérielle.

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Ici fleurissent des vidéos non de discours, mais de parole. Mais … sans assemblées. L’assemblée peut prendre la parole, mais après ou pendant, mais par écrit et sans retour envers celui qui parle.

La grandeur du Youtubeur devient proportionnelle à son audience.

Là fleurissent des billets non de discours mais de parole. Mais … sans assemblées. L’assemblée peut prendre la parole, mais après ou pendant, mais par écrit et sans retour envers celui qui parle.

La grandeur du Blogueur devient proportionnelle à son audience.

Youtubeuse et Blogueuse aussi évidemment !

Et les échanges de petites ou grandes phrases sur des forums ou des réseaux sociaux, n’est pas l’échange de lettre qui prennent le temps et l’écoute de l’autre, ni la parole en groupe qui demande égrégore de la présence.

Posts et petits mots sur réseaux sont alors paroles sans humain.

Alors la parole n’est plus, mais la multiplication de mots épars que chacun va alors piocher comme pour goûter tous les fruits du jardin en cherchant ceux qu’il aime.

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Il existe de tout temps un groupe humain spécial, qui n’est pas dans le discours et qui n’est pas dans la parole, mais dans la discussion de l’information.

Oh.

Quelle est cette expression complexe de discussion de l’information ?

Le gouvernant discourt pour informer, le citoyen parle en tant qu’être humain avec ses semblables.

Mais le journaliste lui, ou elle, ne discourt point pour informer, ni ne parle avec nous. Il veut, c’est son choix non institutionnel et nécessaire, nous partager ses informations à la lueur de ses réflexions. Sans plus. Il nous amène les informations que lui a choisit, les travaille et y amène ses questions ou ses affirmations, puis nous les laisse.

À nous … d’en parler !

Donc il n’est pas simple parole, mais quelque chose de conséquent à l’humain qui aime parler.

Il contribue à nous nourrir … j’oserai dire officiellement. Mais non !

Le journaliste est tout sauf officiel, il est engagé ou suiveur ou futile, mais il est la liberté exprimée du groupe humain dans sa diversité.

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Alors au final tout ça pour dire quoi ?

Patience, il reste un denier ingrédient à la mayonnaise !

Cet ingrédient c’est l’enseignement que tous nous avons eu.

Qu’il soit celui ancestral encore en vigueur parfois, ou de l’école pour la plupart, la majorité humaine suit dès son jeune âge un enseignement.

Cet enseignement nous transmet les résumés des savoirs acquis par l’humain depuis des millénaires. Certains poussent cet enseignement très loin ou de façon très spécialisée, mais toutes et tous l’avons majoritairement suivi.

La plupart de nous humain a eu la chance de faire l’équivalent d’un parcours de type collège. Et même si la critique est là sur les contenus de tout pays ou autres époques, le contenu est là.

Que cela l’histoire, la géographie, la langue et les langues, la physique, la biologie, la musique, les mathématiques, le dessin et tant d’autres sujets, nous recevons une transmission globale de nos aînées.

Cette chaîne de transmission existe depuis des millénaires, elle est institutionnelle dans la plupart des pays afin de simplement : transmettre aux nouveaux arrivants ce qu’on sait !

C’est juste énorme.

C’est la beauté de l’humain.

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Mais … et là nous avons fini notre mayonnaise, que reste-t-il de ces enseignements face à la parole et à ses dérives qui ne sont plus paroles ?

Comment pouvons-nous renier notre enseignement en suivant un blogueur démontrant que la Terre est plate ?

Comment pouvons-nous renier notre transmission en accordant crédit en nous sur le fait qu’une institution démocratique est dictature ?

Comment pouvons-nous continuer à écouter le relai de tous ces mots sans parole ?

La parole est humaine, sacrée par l’amour qui la meut.

Le fameux verbe créateur, il est. Mais comme la mayonnaise, il créé ce que nous disons. Ce que nous relayons, ce que nous croyons, sans réflexion, sans se servir ou se souvenir de nos enseignements.

Alors que dire si l’on passe le pas de l’enseignement, de la transmission et de la parole, de nous maçons ?

Nous pour qui ces mots sont de fait : sacrés, que faisons-nous ?

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Pas vraiment mieux …

La parole circulante en tenue sacrée, n’est pas loin parfois de ces déviances de la parole. Ici discours ou ici prise de position n’attendant pas retour.

La parole hors du sacré, en agapes, entre nous … et surtout celle que nous devons par engagement transmettre hors du temple dans le monde profane, devient celle profane pour la plupart.

Sommes-nous responsables ?

Sommes-nous à la hauteur de ce double enseignement citoyen et sacré ? De cette double transmission citoyenne et sacrée ?

La parole n’est pas perdue, elle est en l’humain, dans son amour, son amour de l’autre.

L’enseignement et la transmission, qu’ils soient citoyens ou sacrés, nous permettent de gommer le plus possible de scories de ténèbres et d’éclairer en nous le plus possible cet amour.

La tâche est éminemment grande et ardue, mais elle fait la beauté de l’humain.

Cette beauté qui fait devenir l’humain en Humanité.

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Alors … en cette pandémie que notre époque vit, soyons à la hauteur tous et toutes : citoyens et maçons.

Soyons humains, soyons solidaires, soyons unis, soyons ce que nous avons voulu depuis plus de dix millénaires.

Cela demande du travail, mais nous ne sommes pas seuls, nous sommes plusieurs milliards, épars et différents, mais tous humains !

Cela donne du possible dans le champ.

À chacun de travailler, miroir journalier en contrôle personnel et outils à la main pour allumer la Lumière que nous tous humains cherchons depuis des millénaires.

Le chemin est encore long pour y arriver, mais si nous ne travaillons pas durant les temps de ténèbres, les ténèbres regagneront du terrain au prix de l’avancée humaine.

Alors : courage, ténacité, justesse, mais aussi épée pour ceux qui en ont été dignes, liberté pour ceux qui y ont accédé ou compréhension pour ceux qui l’ont eu en grâce, toutes et tous nous devons être à l’œuvre sans le montrer.

L’œuvre est devant nous.

Au travail, retournons sur le chantier et redoublons d’efforts !


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